Retour

1925-1929

Auteur de ces lignes, Jean QUERIAT Senior, totémisé "LOUP" (sans quatificatif) est né le 14.11.1912. Il a dix-neuf ans sur cette photo, prise un jour de grand froid expliquant ce lourd loden.
Entré à la Troupe en 1925 (au moment de la "Renaissance" de la Troupe Roi Albert), il deviendra plus tard Chef du Clan de la Pioche.
Il sera ensuite responsable des "Routiers Maîtres" (les «Vieux Loups») de leur création en 1942 jusqu'à la fin (1970). Faisaient avec lui partie des Vieux Loups: Robert BORN, Robert BRACQ, José CASTAGNE, Jacques DETHIER Sr, Yves DETON Sr, Charly GAILLY, René GERMEAU, Jean HENRARD, Michel KODECK, Jules LÉONARD, Maurice PETIT, le R.P Robert TURINE s.j, etc.
Son épouse, Geneviève HENRARD, est la soeur de Jean HENRARD qui fut le premier Akéla de notre Meute, avec le R.P. Joseph MASSON sj comme "Père Loup". Leurs fils Pierre et Bemard seront respectivement Akéla à la Seonee et Chef de la Troupe Jacques Magnée.
Il est rentré à la Maison du Père le 23 octobre 2000, entouré de l'affection bien méritée des siens.
Bon sang ne pouvant mentir, les fils de Bernard continuent la chaîne.

Il y a lieu de noter que les photos illustrant ce texte ont aimablement été offertes à l'Unité par Jean QUERIAT Senior lui-même, à l'exception de celle de la Troupe Roi Albert dans la cour du "vieux" Collège en 1919, que nous a confiée Pierre DAMAS.

Jean QUERIAT Sr (Loup)

Du foulard vert
au foulard noir-et-rouge :

la Troupe Roi Albert
de 1925 à 1929


Ad liminem : Je corrige le texte de mes souvenirs le 9 septembre 1994, alors que je viens d’assister aux funérailles de Pierre VAN GEERSDAELE, rentré à la Maison du Père le 6 septembre 1994. Il fut l’âme de la Troupe renaissante. J’ai eu le privilège d’être son ami pendant près de 70 ans. Je dédie ces pages à sa mémoire.

Tel le Phénix...

    Depuis sa fondation survenue en 1919, à l’initiative du Révérend Père DESCAMPE† et des Chefs Raoul PARENT† et René MOUREAUX† (professeur au Collège), l’activité, pour ne pas dire l’existence de la Troupe Roi Albert, première troupe du District de Charleroi, n’a été interrompue totalement qu’en 1924.
    Dès 1925, sous l’impulsion du Révérend Père STEVENS† sj, et de quelques anciens, elle renaît en ayant abandonné le caractère quelque peu militaire (clairons, tambours) qu’elle avait présenté au cours des premières années de son existence, sous l’influence des tendances du temps de guerre.

La Troupe Roi Albert en 1919/20

La Troupe en 1919

    Faire renaître une Troupe n’est pas chose aisée dans un Collège où, à cette époque, beaucoup de Pères sont hostiles au scoutisme. Que peut apporter, croient-ils et déclarent-ils, un mouvement dont le fondateur Baden-Powell est protestant, et dont l’action ne peut que tendre, par ses méthodes, à ruiner l’esprit de famille?
    Cet avis de bien des Pères est d’ailleurs partagé par la majorité du Clergé séculier qui craint, en outre, que le scoutisme ne vienne concurrencer l’action naissante du mouvement des patronages paroissiaux.

    Dans ce contexte défavorable, la décision est néanmoins prise : la nouvelle Troupe sera formée. Philippe DULAIT, alors étudiant en droit à Louvain, en redeviendra la Chef (le «Master» comme on disait alors) aidé de Pierre VAN GEERSDAELE†, également étudiant, en droit, à Louvain. Le Père STEVENS en sera l’aumônier. Tous trois s’efforceront, avec succès, d’inculquer à la Troupe l’esprit du fondateur du mouvement. Le livre «Éclaireurs» est leur bible. Le système des patrouilles, clé de la méthode, est rigoureusement appliqué aux deux patrouilles primitives : les LOUPS et les RENARDS qui, pour la première fois, pendant les vacances de Pâques 1925, camperont à la citadelle de Namur.

En route vers le camp de Namur (Pâques 1925)

André et Willy en panne...      Camp de Pâques, Namur 1925

Camp de Namur, 1925

   En mai 1925, la patrouille des LYNX voit le jour. Les réunions ordinaires se tiennent au Collège le mardi après quatre heures et le dimanche matin. Les «sorties» ont lieu le plus souvent dans les bois, d’un seul tenant, de LOVERVAL et de NALINNES qui, à cette époque, ne sont nullement urbanisés.

Il était une charrette, tirez les gars,...

En août 1925, c’est une troupe de trois patrouilles qui s’embarque pour CHINY, pour un camp de deux semaines. Le voyage se fait en train. Le matériel, expédié préalablement, est retiré du dépôt de la gare de FLORENVILLE en même temps qu’une «charrette» démontable sur laquelle tout le barda sera chargé, hormis les sacs à dos. Sept kilomètres sont parcourus joyeusement en chantant : « Il était une charrette, tirez les gars, ...»

L’endroit de camp se situe sur la rive droite de la Semois, à 100 mètres environ du Pont Saint Nicolas, entre la rivière et le départ du chemin des 7 Tilleuls (arbre célèbre et vénérable existant encore aujourd’hui). Le site est merveilleux : c’est une haute futaie d’épicéas majestueux, suffisamment distants les uns des autres pour que les tentes puissent être montées entre les troncs. Une clairière centrale permet d’installer la cuisine.

Cuistots surveillés par leurs "victimes"...

En début de soirée, les trois patrouilles sont chez elles. Chacune est logée dans une tente ronde, à simple toit, de l’armée américaine. Les couchettes sont posées comme les rayons d’une roue dont le moyeu serait le mât central de la tente. Chaque scout dispose d’une paillasse rembourrée de paille, d’une couverture cousue en sac («sac à viande»), et d’une seconde couverture. L’oreiller est le sac à dos (sacs à poil de vache, récupération de l’armée allemande). Les staffs individuels sont plantés en faisceau devant les tentes. (Note du Webmaster : par "staff", entendre "bâton de marche")

Le camp sera dirigé, la première semaine, par Philippe DULAIT, et la seconde par André GAILLY, officier d’artillerie. Pierre VAN GEERSDAELE et son frère Guy, étudiant en Mine à Louvain, sont assistants. L’aumônier officiant est le Père Robert DUPIERREUX, attaché à un centre de Russes Blancs à NAMUR. Le Père STEVENS, Aumônier officiel, n’est pas encore prêtre.

Parmi les scouts, je revois :

chez les LOUPS : Hubert DULAIT (CP), Carl BROGNON, Maurice PETIT, André DE THAYE, Alfred VAN HASSELT, Henri HANOTEAU, René DUFOUR, Willy VAN RYCKEVORSEL ....

chez les RENARDS : Henry GAILLY (CP), Raymond VAN BREUSEGHEM, François LAMBOTTE, les deux frères COPPIN, Germain MESTDAGH, ....

chez les LYNX : Albert DE THAYE (CP), Robert BRACQ, Egide REGNER, José CASTAGNE, moi-même, ....

R. Van Breusegem  R. Dufour  G. Mestdagh

La messe est célébrée chaque matin par le Père DUPIERREUX, dans une chapelle néogothique, encore existante aujourd’hui à mi-côte de la route conduisant au village.

Le feu de camp, tant attendu chaque soir, était une véritable cérémonie qui procédait de ses rites propres. L’arrivée des patrouilles se faisait dans le plus profond silence. La mise à feu n’avait lieu qu’après le rassemblement complet. Le feu, comme tel, était respecté : aucune substance autre que le bois ne pouvait s’y consumer. La tenue était rigoureuse, chacun s’enfouissant dans une couverture ceinturée à la taille et fermée au cou, et portant sur la tête, noué sur le front, le foulard vert qui, en ce temps-là, avait été adopté par la plupart des Troupes.

Bivouac, par Pierre JOUBERT


Autour du feu, le cercle vivant, éclatant de couleurs dont les tons variaient sous les lueurs des flammes, produisait sur tous un effet magique, indéfinissable, de communion avec cette merveilleuse nature dans laquelle chacun se trouvait plongé.

A la partie à la fois amusante et pittoresque résultant de l’imagination du gardien des légendes et des Chefs de Patrouilles, succédait une partie plus grave aboutissant à la prière et pour finir à cet incomparable Cantique des Patrouilles que tous chantaient avec une ferveur véritable. C’est à CHINY, je crois, que devant les lueurs du feu mourant, pour la première fois, fut chanté cet admirable cantique évoquant les «Frères scouts rentrés à la maison».

Par ailleurs, que de souvenirs encore :

* la corvée journalière de bois mort;
* l’autre corvée, à la Semois, pour y puiser, en plein courant, l’eau à bouillir de la cuisine (ô temps bénis de l’absence de pollution!);
* l’autre corvée encore, d’eau potable celle-là, à longue distance, pour y remplir «la vache», réservoir en toile, nouvellement acquis par la Troupe, muni à sa base de petits trayons métalliques;
* l’aventure du trou à détritus, encore tout neuf, tout frais et tout propre, qui reçut au cours de son premier usage le souper du premier jour déversé lors de l’égouttage du macaroni... La récupération de ce mets, un peu croquant, fut assurée par la demi patrouille de service;
* l’invasion de guêpes;
* mes réveils au petit matin, par un oiseau dont j’entends encore et toujours le chant, mais dont je n’ai jamais connu le nom;
* ma terreur panique lorsqu’une nuit je dus sortir de la tente pour me rendre aux feuillées, bien loin, bien loin, au fond de la forêt aux bruits mystérieux;
* la randonnée à l’Abbaye d’ORVAL, qui à ce moment n’était encore qu’une ruine, qui ne laissait aucunement prévoir sa prochaine résurrection;
* la toilette du matin dans la Semois aux bords déjà émaillés du givre qui annonçait l’automne;
* les tentatives laborieuses du Père DUPIER-REUX pour apprendre à quelques-uns les danses populaires russes;
* les prises de foulard dans la forêt;
* le jeu-excursion aux étangs des Epioux à travers la pleine forêt;
* les adieux émouvants au «Master Philippe» après la première semaine de camp;
* l’incendie des banderoles de papier dans la chapelle St Nicolas, allumé par Egide (l’enfant de choeur de service) lors de l’extinction des chandelles, à la fin de la messe;
* les pêches improvisées, et fructueuses, de Germain MESTDAGH dans la Semois à l’aide d’un bâton, d’une ficelle, et d’une épingle de nourrice repliée en hameçon;
* la promenade nocturne, à la pleine lune d’Août resplendissante, jusqu’au sommet de la route contournant et dominant la boucle de la Semois de CHINY. La joie manifestée par le Père STEVENS devant la splendeur de la nuit.

Adieu Emile...

NOEL 1925 : la fête traditionnelle a joyeusement commencé. La Troupe est rassemblée dans la salle de gymnastique du Collège où des jeux sont organisés avant la veillée. C’est l’assistant Emile RENARD qui les dirige. Un nouveau jeu est en cours, auquel je ne participe pas, je ne sais plus pour quelle raison. Les scouts, les yeux bandés, doivent se saisir du chef de jeu qui se déplace da la salle en faisant tinter une clochette qu’il porte autour du cou.


Emile RENARD
Emile RENARD
(voir sa notice biographique (fichier PDF))

Je revois parfaitement cet événement vieux de près de 70 ans : Emile RENARD s’arrête, s’assied sur une chaise, incline la tête, et meurt. Il était né en 1903. Il était entré à la Troupe en 1919 et faisait partie du groupe restreint qui l’avait maintenue en vie durant les années critiques de 1921 à 1924. Il avait participé de manière très active à la renaissance de 1925. Il fut en outre notre premier Chef de Clan.

Camp de Maredsous

PAQUES 1926 : une troupe entière, à vélo, part pour Maredsous pour un camp d’une courte semaine. L’endroit où se rassemblent les trois patrouilles est toujours repérable aujourd’hui. C’était une prairie, située à l’angle de la route passant devant l’Hostellerie d’Emmaüs et celle rejoignant l’Abbaye de MAREDRET. Elle était entourée d’arbres protégeant ainsi des regards des rares passants de cette route déserte. L’endroit est actuellement une propriété bâtie. Philippe DULAIT dirige le camp.


En route vers Maredsous...

Pour la première fois apparaît à la Troupe le Père VAN KEERBERGHEN† qui a accepté de seconder le Père STEVENS dans la charge d’aumônier de camp. Le Père VAN KEERBERGHEN avait été naguère un contempteur du scoutisme dont il avait combattu les méthodes et l’action en critiquant sévèrement un des livres de base du scoutisme catholique : «Le Scoutisme» (du R.P. SEVIN s.j., Aumônier Général des Scouts de France). C’était donc quelqu’un à convertir. Je crois que ce fut fait, et bien fait, à MAREDSOUS. En tous cas, le Père VAN KEERBERGHEN succéda bientôt au Père STEVENS qui devait nous qui devait nous quitter en 1926.


A la Citadelle de Dinant

Ce qui m’est resté de ce camp, c’est essentiellement le souvenir de ce Père qui découvrait le Scoutisme en vivant son premier camp parmi les scouts. Sa gentillesse était extrême, et sa cordialité lui attirait la sympathie de tous. Il savait parler aux jeunes que nous étions, avec simplicité, des choses les plus profondes; on pouvait sans réserve se confier à lui.
Quant aux événements proprement dits du camp, ils furent certes nombreux. Les aurais-je oubliés? Je ne crois pas : ils sont enfouis dans ma mémoire et peuvent resurgir subitement. Ainsi celui-ci. Un projet de pyramide humaine fut mis au point. Le cercle de base est bientôt mis en place. Dès la formation du deuxième niveau, une chute collective survient. Conséquence : Jean PAULET† de la patrouille des RENARDS est relevé avec une clavicule brisée. Ce fut la première et dernière tentative du genre.

1926 : GROENENBERG, ANVERS, ORVAL...

AOUT 1926: Le Père STEVENS a quitté CHARLEROI en laissant le souvenir d’un être d’exception dont la vigueur de corps et d’esprit a marqué profondément la Troupe renaissante. En moins de deux ans, aidé de chefs remarquables, il avait installé sur des bases définitives une Troupe qui bientôt se transformerait en une grande Unité, capable de fournir de nombreux chefs, fondateurs eux-mêmes d’Unités nouvelles dans le Bassin de CHARLEROI.

J’ai devant les yeux une image de la Vierge au verso de laquelle se trouve imprimée la prière du Scout Catholique. En bas du texte, je lis une mention manuscrite : «Souvenir du camp de GROENENBERG du 6 au 12 août 1926. V.B.». C’est en effet dans le château de GROENENBERG à VLESENBEECK que la Troupe débarque le 6 août 1926 sous la conduite de Pierre VAN GEERSDAELE et du nouvel aumônier, le Père VAN KEERSBERGHEN.

Pierre GOLENVAUX  jqnam25e.GIF (13680 octets)  Valentin BRIFAUT

La propriété appartient au Commissaire Fédéral Valentin BRIFAUT†.  Le parc est vaste et splendide. Les tentes (toujours les tentes rondes) sont montées dans une prairie où pullulent les lapins. Valentin BRIFAUT participe à l’installation. Dans la cinquantaine de son âge, il est impressionnant de dignité et d’autorité bienveillante. Il a une longue expérience des mouvements de jeunesse : au début du siècle, il fut un des dirigeants des Jeunes Gardes Catholiques. C’est, par ailleurs, un homme de haute culture. Rapidement, il prend la Troupe en affection.
Inoubliable souvenir : par deux fois, au cours du séjour, la pluie survient dans la soirée. Le feu de camp a lieu dans le grand salon du château, en présence de la famille, devant le feu ouvert monumental. A chacune de ces soirées, Valentin BRIFAUT, «le Vieux Groenendael», nous fait une lecture passionnante. C’est un lecteur de grand style qui possède une voix au timbre exceptionnel. Je crois me souvenir de quelques pages puisées dans les «Captifs» de Joseph KESSEL.

En dehors de l’activité normale du camp, le temps se passe à préparer les épreuves prochaines du JAMBOREE national d’ANVERS qui se tiendra du 13 au 19 août. Et en effet, la Troupe se retrouve bientôt à ANVERS où vient nous rejoindre le Commissaire Fédéral. Nous y vivons l’ambiance extraordinaire des Jamborees, favorables aux contacts et aux rencontres. Nous participons aux épreuves diverses et aux rassemblements exaltants. Un plus sinistre souvenir : les feuillées collectives, à l’anglaise, où nous ne parvenons guère à faire la causette avec des voisins parfois plus loquaces que nous. Si nos succès dans les épreuves sont limités, nous emportons néanmoins je ne sais plus quelle mention, mais une distinction toutefois en «Exercice de Topographie».

Durant la première quinzaine de septembre 1926, une équipe réduite de la Troupe campe à ORVAL. C’est le premier contact avec l’Abbaye dont la restauration est prévue. C’est cette équipe qui donne le premier coup de pioche de la longue reconstruction. André DE THAYE en était. C’était son dernier camp : il devait mourir, saintement, six semaines après, à l’âge de 14 ans.

Plaque commémorative sur la Chapelle N.D. des Scouts (Orval)

KIWUNDIGA

PAQUES 1927 : les trois patrouilles se retrouvent à GODINNE. Pierre VAN GEERSDAELE les conduit. Le Père VAN KEERBERGHEN a quitté le Collège de Charleroi pour celui de Mons où il poursuit son action comme aumônier de la troupe St Stanislas. Le Père VAN CUTSEM† le remplace. Ce n’est pas manquer à la mémoire de celui-ci de dire que, comparé à ses deux prédécesseurs qui étaient la distinction personnifiée, le Père VAN CUTSEM faisait un peu figure d’un ours bien léché. Il avait de cet animal bien sympathique, la candeur et la bonhomie, mais aussi parfois - disons rarement - le coup de patte assassin. Il parlait franc et agissait rudement, mais toujours de manière efficace. C’est lui qui apporta à la Troupe, cadeau de son frère missionnaire au Congo Belge, la célèbre KIWUNDIGA, disparue aujourd’hui selon mon petit-fils. C’était un instrument d’appel, sorte de trompe en bois munie d’une embouchure latérale dans laquelle on soufflait. Elle résonnait gravement chaque matin et réveillait, avec nous, la forêt entière.
Le souvenir particulier que j’ai du camp de GODINNE est une B.A. collective originale qui a consisté à sortir de leurs caisses tous les livres qui constitueraient la bibliothèque du Collège de GODINNE, nouvellement bâti, qui devait ouvrir ses portes à la rentrée scolaire.

Pelles, pioches, brouettes...

Au mois d’août de la même année, Pierre VAN GEERSDAELE et le Père VAN CUTSEM conduisaient la Troupe à l’Abbaye d’ORVAL. Le camp est installé à l’entrée des ruines, à l’opposé de la Fontaine Mathilde.
Une quatrième patrouille a vu le jour depuis deux mois. Maurice PETIT† en est le chef. Elle rassemble les plus jeunes d’entre nous : parmi eux, je revois Jules RENCHON† qui devait devenir l’abbé RENCHON, aumônier général des bateliers. Il était le fils de Constant RENCHON, bâtonnier du Barreau de CHARLEROI qui mourra en 1943 décapité à la hache dans une prison hitlérienne.
Pour la première fois une tente rectangulaire, bleue, à double toit, apparaît au milieu des antiques tentes circulaires. Elle abrite la jeune patrouille.
La troupe, à l’initiative de son chef Pierre VAN GEERSDAELE, a abandonné le foulard vert : chacun porte au cou un foulard bien neuf, noir bordé de rouge. La culotte et la chemise sont toujours kaki, de même que la cape.

Les "p'tits gars d'la Première" déblaient à Orval...


Le but du camp est bien précis : poursuivre les travaux commencés par l’équipe de septembre 1926, en dégageant une partie des ruines et en particulier en déblayant les souterrains de l’Abbaye consistant en un vaste réseau de caves voûtées en plein cintre. Ces lourds travaux occupent tous nos jours. La pioche, la pelle, la brouette et le train Decauville deviennent nos outils et nos engins familiers. En travaillant de la sorte, nous prenons conscience de notre participation à la renaissance d’un site monastique prestigieux, et nous avons l’impression de reconstruire la chrétienté.
Avec nous, mais séparée de nous, une troupe anversoise francophone (la 2ème Anvers) participe aux mêmes travaux. Les chefs des deux troupes se connaissent et certains feux de camp sont organisés en commun. A cette occasion, nous apprenons et nous chantons sans complexe et avec joie quelques chants flamands et entre autres l’admirable «Vlaamse Leeuw» : nos amis anversois chantent avec le même entrain «Valeureux Liégeois». C’est depuis lors que chaque fois que j’entends chanter le «Vlaamse Leeuw», j’en fredonne tout naturellement les paroles.
Deux autres souvenirs surgissent aujourd’hui de ma mémoire :
* Notre assistant, Guy VAN GEERSDAELE, à l’époque étudiant en 5ème année de Mines, plongeant en tenue de bain dans l’eau glacée de la fontaine Mathilde pour en nettoyer les parois et le fond
* La Troupe au bain dans l’Etang Noir, mystérieux endroit évoqué par Paul FEVAL.

1928, la parenthèse...

1928 fut pour moi une année noire : pas de camp, pour raison de santé déficiente. Je n’étais donc pas au BRULY à Pâques, ni à CHARNEUSE en août. Je peux cependant rappeler que c’est au camp du BRULY, dirigé par Hubert DULAIT†, que Pierre CAMBIER prit contact avec le scoutisme. Il occupera par la suite la place que l’on sait dans le développement du mouvement scout en Belgique.

Rostro d’Aquila

Le camp de Pâques 1929 n’aura pas lieu, un grand pèlerinage à ASSISE et à ROME étant organisé en avril par l’A.C.J.B. Le Collège de Charleroi est bien représenté, et parmi les pèlerins, quelques scouts, notamment Robert BORN†, Jules LEONARD†, et moi-même.
Au deuxième jour de notre présence à Rome, une grande manifestation est organisée dans je ne sais plus quel haut lieu, où la J.C. belge doit rencontrer la J.C. italienne. Parmi les représentants de cette dernière, quelques balilas sur fond noir mais aussi des anciens scouts, encore sous le coup de l’abolition du mouvement scout italien par le pouvoir fasciste. Notre insigne nous fait repérer et nous entrons en contact avec eux : l’un d’eux parle français.
Le lendemain soir, nous nous retrouvons, Robert BORN, Jules LEONARD et moi, à une réunion scoute clandestine dans un palais de la famille des Princes COLONNA. Nos amis italiens ont revêtu l’uniforme. C’est à cette occasion que des liens sont noués avec Mimo MADDALENA† (Rostro d’Aquila) qui campera bientôt avec nous à AGIMONT en août 1929.
Le camp d’AGIMONT au château de la famille PUISSANT sera le dernier camp de troupe de Pierre VAN GEERSDAELE. Le Père FREDERIC† en était l’aumônier attitré. Il était secondé par le Père REUMONT†. Hubert DULAIT était assistant.
Le Père FREDERIC commençait là une carrière d’aumônier de troupes et de meutes qui ne devait se terminer qu’aux abords de l’année 1970. Il exercera cette fonction d’une admirable manière, notamment à JUMET où bien des familles gardent encore de lui un souvenir marquant, dû à sa bonté profonde et à sa bienveillance.
Le Père REUMONT, quant à lui, ne fit que passer chez les scouts. Il en marqua néanmoins plusieurs par son esprit, et son prestige d’authentique ancien combattant.
La présence de Mimo MADDALENA donne au camp un caractère particulier. Sa forte personnalité transforme les feux de camp en fête italienne. De sa voix rocailleuse il apprend aux patrouilles à chanter «Santa Lucia» et «La fiesta de Maestro Andrea». Quelques années plus tard, Mimo entrera dans la Compagnie de Jésus.

ORVAL (suite)

En septembre 1929, plusieurs scouts qui avaient campé à ORVAL en 1927 retournent à l’Abbaye pour y poursuivre les travaux de déblaiement. Ils font désormais partie du Clan. Hubert DULAIT entraîne l’équipe qui s’installe sur une terrasse, à l’Ouest des ruines. Dans mon souvenir, j’y vois : Raymond VAN BREUSEGHEM, Albert DE THAYE, Henri et Albert GAILLY, Joseph FONTAINE, Emile LEFEVRE, Raymond BEUDELS.
En arrivant, nous découvrons un aumônier improvisé. C’est le Père FASBENDER o.p., dominicain du couvent de LIEGE qui séjourne occasionnellement à ORVAL. La coïncidence est heureuse, le courant passe et la sympathie est immédiate; il nous révèle la liturgie gallicane des Dominicains. Pour certains d’entre nous ce sera la naissance d’une vénération pour St Dominique et pour ses fils.
A ce moment, l’Abbaye renaissante d’ORVAL comporte une petite communauté de trois personnes. Le R.P. Marie-Albert (Charles VAN DER CRUYSSEN), le bâtisseur qui deviendra le 53ème abbé d’ORVAL. Le R.P. François-Régis qui deviendra Maître des Novices à ORVAL et qui mourra Abbé de Sept-Fons. Et enfin un frère moine tout de brun vêtu, chargé des tâches les plus humbles. Le Père François-Régis passe chaque jour quelques heures avec nous. C’était un homme doux au discours captivant exprimé avec un accent méridional chantant.
A la fin du camp, le clan est devenu «le Clan de la Pioche». Il poursuivra les travaux quelques années encore. Plus tard, les moines n’oublieront pas ces premiers pionniers de la reconstruction de leur couvent. Dans la chapelle dédiée à N.D. des Scouts, faisant corps avec l'église abbatiale, leur souvenir sera rappelé.


Adieu, Hubert !

Dix ans ont passé depuis la fondation primitive de la Troupe Roi Albert, et cinq ans depuis sa résurrection en 1925. La nouvelle décennie commencera tristement : le 27 janvier 1930, Hubert DULAIT meurt à Bruxelles. Il sera inhumé le 31 janvier au cimetière de Mont-sur-Marchienne en présence de la Troupe en pleurs.
Dans le livre Tally de la patrouille des RENARDS, on pouvait lire la mention suivante : " Réunion du 28 janvier. Depuis hier, il n’y a plus qu’un seul sujet de conversation : la mort de notre assistant Hubert DULAIT. Le temps réservé à la réunion est passé en prière à la  chapelle pour le repos de l’âme du Loup méthodique."

Hubert DULAIT
1er pionnier de la Troupe Roi Albert
Ancien CP des Loups
Routier du Clan de la Pioche
Premier Assistant de Troupe
Etudiant en seconde Mines à Louvain
Rentré à la Maison.
R.I.P.

Hubert DULAIT (Lourdes, 1928)

Hubert à Lourdes
Août 1928
Au Révérend Père Stevens.
En souvenir de mon
cher et regretté fils
(signé) Albert Dulait

Retour