Accueil    Espace ACTU'     La Prem' Hier    Ailleurs    Roly    Chansons    Totemoscope    Trombinoscope    Livre d'Or    Cont@ct




Préface du gardien des Légendes :

Le premier texte est dû à la plume de John BROCAL, An.U. (Animateur d'Unité, anc. Chef d'Unité) en 1997/98 et 1998/99, qui l'a rédigé à l'occasion du 80ème Anniversaire de l'Unité en 1999.

Le second, l'historique de 1919 à 1949, est extrait du MEMORIAL édité en 1949 lors du XXXèmeAnniversaire de l’Unité. , rédigé collectivement par différents membres du Staff. Le Chef d'Unité de l'époque était le Renne nomade, Robert BORN, dont plusieurs fils et petits-fils ont fait partie de l'Unité.

Suivent les récits qu'ont bien voulu nous rédiger quelques "Très Anciens", Jean QUERIAT pour la période 1925-1929, Richard DE SMET sj pour la période 1929-1934, et Philippe DE SCHUYTENEER sj qui a participé à la naissance de la Meute en 1934.
En appendice, la succession des Chefs d'Unité de la Première, des origines à nos jours.

Clin d'oeil de l'Histoire, au moment de fêter le 80ème Anniversaire de l'Unité, l'Aumônier d'Unité, le R.P. François PHILIPS sj (Faon), n'est autre que le neveu direct du R.P. Jacques STEVENS sj qui est à l'origine, avec Philippe DULAIT, de la "Renaissance" de la Troupe Roi Albert en 1924, comme raconté dans les textes ci-dessous.



SOMMAIRE

Présentation de l'Unité (par l'A.U., John BROCAL, à l'occasion du LXXXème Anniversaire de l'Unité)
Historique 1919-1949 (rédaction collective à l'occasion du XXXème Anniversaire)
1925-1929, récit de Jean QUERIAT ("Loup")
1929-1934, récit de Richard de SMET sj ("Crocodile")
1934 : Naissance de la Meute, récit de Philippe DE SCHUYTENEER sj ("Furet saugrenu")
Les Chefs d'Unité (auj. "Animateurs d'Unité") des origines à nos jours.

 

PRESENTATION

En 1919, le Révérend Père Descampe et Raoul Parent portent la Ière Unité Roi Albert sur les fonts baptismaux. Les cinq années suivantes voient fondre les effectifs et s'estomper l' euphorie des débuts. En 1924, quelques scouts soutenus par le Révérend Père Recteur Severin, et le Père J. Stevens, aumônier plein d'entrain, lancent définitivement l' Unité du collège sur les voies du scoutisme. En 1935, des petits louveteaux complètent les rangs. Plus récemment, en 1990, l'Unité s'enrichit d'une nouvelle section, les "Castors".

L'unité fait partie de la Fédération Catholique des Scouts Baden-Powell de Belgique ("Les Scouts"), anciennement F.S.C. A ce titre, l'animation s'imprègne non seulement des valeurs scoutes (comme le service, le respect de la nature, la vie en équipe,...), mais également des valeurs chrétiennes. L'animation à la foi accompagne le jeune tout au long de sa vie au sein de l'Unité.

Les sections :   cliquer ICI

Les activités...   Le programme de l'année s'équilibre entre des réunions au Collège (de 14-18h), des "sorties" dans les bois (toute la journée), des hikes (animation pendant un week-end) et le grand camp (une dizaine de jours passés au grand air, 5 jours pour les Castors).

Un projet éducatif et une "méthode de branche" pour le mettre en oeuvre existent pour chaque tranche d'âge:

> Les Castors proposent à l'enfant de l'accompagner dans ses premiers pas hors du cocon familial, de le rendre sociable et débrouillard. Le Castor apprend la vie en équipe par des jeux coopératifs (jeux dans lesquels les autres sont nécessaires à la réussite); il rencontre la nature dans les bois ou à la ferme; il s'initie au scoutisme en prenant part à ses premiers rassemblements, en apprenant des chants,...et surtout en participant à son premier camp.

- L'animation des Louveteaux s'appuie sur le livre de la jungle (R. Kipling) et un principe qui en est issu: "La force du loup, c'est le clan; la force du clan c'est le loup". La meute lui enseigne le sens des responsabilités, la solidarité. Le Louveteau fait partie d'une sizaine où les aînés ont pour mission de veiller sur les plus jeunes. Il apprend lors du rocher du conseil à parler devant le groupe et à s'évaluer. L'animation consiste en des jeux, du sport, l'apprentissage de techniques scoutes, la participation à des événements comme les inter-meutes, à des actions de solidarité, ...

- "Vous me demandez quelles activités faire avec vos garçons. C'est bien simple: ask the boy ! " (Baden-Powell)

L'esprit d'initiative, la vie en patrouille, le service sont les principales caractéristiques de la branche "Scout-Eclaireur". La "Troupe" permet au Scout-Eclaireur, tout au long de l'année, de vivre et de réaliser les projets qu'il propose; projets sportifs, participation à des oeuvres de bienfaisance, participation à des rencontres inter-troupes,... Le grand camp est chaque année un moment privilégié. En pleine nature, le scout se débrouille avec les moyens du bord et met en oeuvre les techniques apprises pendant l'année.

- Le poste "Pionnier" constitue, pour le jeune, l'aboutissement de sa vie scoute en tant qu'animé. Les "Pionniers" mènent leur année comme une véritable entreprise. Ils collaborent directement à l'animation et jouissent d'une grande autonomie. Chaque année, les Pionniers sont les maîtres d'oeuvre de la "Silver Cup". Une journée d'activités formidables qui ouvre les portes de l'Unité à plus de 600 jeunes. Le grand camp se déroule souvent à l'étranger, quelque part en Europe ou plus loin encore; là où des personnes, un village a besoin de leurs services.

- La section des "J.E.R." constitue, dans notre Unité, l'antichambre qui mène au statut de chef. Ils se rendent utiles à l'Unité et effectuent des stages de formation au sein des staffs et de la F.S.C.

L'Unité et ses "à côtés"...

L'Unité possède une petite maison dans le merveilleux village classé de Roly. Les journées et les nuits fraîches passées dans cette maison en pierre font partie de l'album des plus beaux souvenirs de tous les anciens.

"En avant Première" est le journal de l'Unité. Plus de 1200 anciens et membres actuels de l'Unité le reçoivent.

L'Unité travaille sur son site Internet qui pourra très prochainement être accessible à tous les "scouts-internautes".

L'Unité existe grâce à ses membres, mais également grâce au Collège, aux Parents, et aux Anciens de l'Unité (le C.A.U.R.A.) qui lui apportent leur indéfectible soutien.

"L'éducation par l'action", telle est la devise du scoutisme, tel est également l' objectif de la Ière Unité Roi Albert" quia fêté en 1999 son 80ème anniversaire.

Retour au sommaire

 

Extrait du "MEMORIAL" du XXXème Anniversaire en 1949 :

Origines de la Troupe Roi Albert
de 1919 à 1949

" L’Unité scoute du Collège fut fondée en 1919 par le Révérend Père DESCAMPE et Monsieur Raoul PARENT, dans l’apothéose de la victoire, au son des clairons, des tambours et des trompettes triomphantes ; elle prit un nom héroïque et clair dont elle a toujours été fière et qu’elle continue à vénérer pieusement. C’est l’époque où les scouts armés de bâtons font l’exercice dans la cour du Collège, où leurs chapeaux au bord relevé leur donnent des allures de soldats australiens, où certains chefs défilent à cheval à la tête d’une troupe de 150 garçons lors des cérémonies publiques. Malgré ces exagérations manifestes, la jeune troupe entreprend ses premiers camps : Dinant et Loverval en avril et septembre 1919, La Marlagne et Libin en avril et août 1920, Mielmont et le camp aux gants blancs du Jamboree National de Diest l’année suivante.

Passage à vide

L’enthousiasme des premières années ne dura guère des chefs trop rares ne pouvaient encadrer et former en profondeur une troupe trop nombreuse qui vit rapidement fondre ses effectifs. Cette épreuve qui extérieurement semblait une catastrophe fut en réalité, grâce à quelques-uns, un grand bien et la condition d’un nouveau départ.

Le "Redépart"

C’est elle qui permit aux plus convaincus, aux plus solides, à ceux qui avaient le mieux compris le sens du scoutisme et l’intention de Baden-Powell, d’apurer progressivement leurs conceptions, de retourner aux sources, d’étudier et de pratiquer avec plus d’attention " Le Livre des Eclaireurs ", c’est elle qui façonna, au milieu de l’indifférence hostile de beaucoup, la patrouille qui devait donner à l’Unité Roi Albert sa véritable physionomie scoute. Comment aujourd’hui ne pas saluer ceux, qui après avoir connu les fastes extérieurs de la Troupe de 1920, lui sont restés, dans la déroute, fidèlement attachés. Petit groupe compact d’une patrouille à peine, objet des sarcasmes et des risées que leur valaient les exagérations antérieures, mais qui avaient compris que le scoutisme était autre chose de plus sérieux, de plus profond. Ce sont ces quelques scouts : Philippe Dulait, Pierre Van Geersdaele, Hubert Dulait, Henri Gailly, Albert Gailly, Emile Renard, André Gailly, qui présidèrent, en 1924, à la renaissance de la troupe.

Le père Jacques STEVENS sj

Mais ces jeunes garçons, sans l’appui du Collège, sans un aumônier plein d’entrain, ne pouvaient pas faire grand chose, quel que soit leur courage. Cet appui ils le trouvèrent chez le Révérend Père Recteur de l’époque le Père Severin qui leur donna un aumônier, le Père Jacques Stevens. Ce dernier, avec le chef de troupe Philippe Dulait, entreprit de tout reconstruire. Leur tâche n’était pas facile, l’hostilité vis-à-vis du scoutisme était à l’époque presque générale et trouvait des arguments sérieux dans l’expérience précédente. Ils réussirent cependant. (*) En avril 1925, le camp de Namur voyait se réunir une troupe de trois patrouilles. Le départ était donné à nouveau, avec un esprit nouveau, une fraternité nouvelle, des traditions nouvelles qui lentement se formaient et vivaient parmi les scouts recrutés par le zèle du Père Stevens. Successivement les anciens prennent la direction de la troupe et des camps merveilleux se tiennent à Chiny, à Maredsous, à Groenenberg ; celui de Godinne voyait évoluer le burnou blanc de Valentin Brifaut, tandis que Pierre Van Geersdaele suivait avec sollicitude les premiers pas des jeunes tenderfoots qu’il venait d’accueillir.

Orval

En août 1927, la troupe avec la jeune et toute riante patrouille des Cigognes, s’installait à Orval et durant quinze jours, s’attelait au dur travail du déblaiement des ruines. Avril 1928 vit la Troupe au Bruly où le commissaire Pierre Cambier fit la connaissance du scoutisme, où notre cuisinier vit son totem magnifique de Plume d’Aigle changé en celui de Plume Pudding. Charneuse et la lutte héroïque de la Troupe Roi Albert contre la Seconde d’Anvers, le hike vers Bouillon, le vin rouge et la journée de repos à Rochehaut. Heer-Agimont et ses orages, la participation remarquable de la Troupe au Jamboree International de Birkenhaed en août 1929.

Naissance du Clan

La vie continue sans heurt ; des chefs et des aumôniers disparaissent, d’autres vont fonder de nouvelles troupes un peu partout dans la région de Charleroi ; et de plus jeunes les remplacent avec des qualités et des défauts nouveaux, mais tous avec le désir de faire progresser dans la jeunesse, l’esprit scout et l’esprit chrétien. Peu à peu, depuis 1926, les chefs se sont groupés, et, après plusieurs camps passés à Orval à déblayer les ruines, ont formé le Clan de la Pioche : un vitrail, dans la chapelle dédiée à Notre-Dame des scouts en l’église abbatiale, rappelle ces pionniers.

Les camps se succèdent...

Et les camps se succèdent toujours ; Acoz et la totémisation du cher Furet au clair de lune. Profondeville, Tancrémont à la pluie abondante malgré la Vierge au moustiquaire, Boussu en Fagne et la recherche de l’enfant Lindbergh, Jamblinnes ses pétromax et ses romanichels, Fairoul, son incendie nocturne, ses rots et le grand oiseau s’abattant parmi les chaises de l’église, Assenais et le théâtre du Ramier superbe, Arville, Mirwart et ses oies blanches, Herbeumont et ses truites, Felenne, Silenrieux sous la neige et tant d’autres endroits où les tentes de la Première furent plantées.

Naissance de la Meute

En 1935, par les soins du R.P. Masson et de Jean Henrard, une meute de Petits Loups vint rejoindre, dans les rangs de l’Unité, les déjà nombreux scouts et les routiers.

La guerre

La guerre trouva la troupe prête, malgré ses chefs dispersés et son matériel évanoui ; l’activité se fit clandestine mais demeura efficace puisque les dédoublements de la Troupe en 1944, puis de la Meute en 1947 furent décidés et réalisés avec succès.(Note du Webmaster : les troupes Jacques Dame et Jacques Magnée, les meutes Seeonee et Waigunga)

Conclusion

Tout ceci n’est qu’un bref aperçu d’une entreprise de trente ans (Rappel du Webmaster : ce texte remonte à 1949); mais nous savons que chacun de ceux qui le liront pourront recréer l’histoire de leur aventure personnelle dans le scoutisme, qu’ils retrouveront les mille souvenirs qu’ils en ont gardés, leurs enchantements, leurs amitiés, leurs efforts, leur tenderfoot, leurs C.P., leurs aumôniers et leurs chefs, leur première nuit de camp, les feux qu’ils allumaient et égayaient tous les soirs, les levers dans le soleil, la pluie, la brume ou la neige, la messe au camp et leurs prières fraternelles, le chant des adieux à la fin des camps ou autour des tombes de ceux qui étaient déjà rentrés à la Maison, leur Promesse enfin. Tous ces souvenirs forment l’histoire de la Première Unité Roi Albert, l’histoire commune de la troupe et l’histoire personnelle de chacun d’entre nous, tant il est vrai que le scoutisme nous a pris complètement et imprégnés jusqu’au fond de nous-mêmes ; à nous de dire, chacun en ce qui nous concerne, si cette histoire fut réellement une belle histoire. Et vous, petits frères scouts, à qui incombe la tâche de conduire l’Unité jusqu’à un nouveau terme, de faire votre vie selon votre Loi et votre Promesse, ouvrez tout grands vos yeux, vos oreilles, votre esprit et votre cœur pour que dans trente ans vous ayez gardé à vos souvenirs toute leur fraîcheur et à votre âme, son bel enthousiasme d’aujourd’hui. "

Le Staff d'Unité, 1949

(*) Par un curieux détour de l'Histoire, l'Unité a pour Aumônier depuis plus de dix ans à l'heure où ces lignes sont écrites (en 2003), le père François PHILIPS sj (Faon ordonné, un ancien "Ardent de Saint-Michel"), dont la maman est la soeur... du père STEVENS sj ! Bon sang ne peut mentir : "le père Faon" laissera lui aussi son empreinte à la Première !

Le Gardien des Légendes


Retour au sommaire

 

1925-1929

Auteur de ces lignes, Jean QUERIAT Senior, totémisé "LOUP" (sans quatificatif) est né le 14.11.1912. Il a dix-neuf ans sur cette photo, prise un jour de grand froid expliquant ce lourd loden.
Entré à la Troupe en 1925 (au moment de la "Renaissance" de la Troupe Roi Albert), il deviendra plus tard Chef du Clan de la Pioche.
Il sera ensuite responsable des "Routiers Maîtres" (les «Vieux Loups») de leur création en 1942 jusqu'à la fin (1970). Faisaient avec lui partie des Vieux Loups: Robert BORN, Robert BRACQ, José CASTAGNE, Jacques DETHIER Sr, Yves DETON Sr, Charly GAILLY, René GERMEAU, Jean HENRARD, Michel KODECK, Jules LÉONARD, Maurice PETIT, le R.P Robert TURINE s.j, etc.
Son épouse, Geneviève HENRARD, est la soeur de Jean HENRARD qui fut le premier Akéla de notre Meute, avec le R.P. Joseph MASSON sj comme "Père Loup". Leurs fils Pierre et Bemard seront respectivement Akéla à la Seonee et Chef de la Troupe Jacques Magnée.
Il est rentré à la Maison du Père le 23 octobre 2000, entouré de l'affection bien méritée des siens.
Bon sang ne pouvant mentir, les fils de Bernard continuent la chaîne.

Il y a lieu de noter que les photos illustrant ce texte ont aimablement été offertes à l'Unité par Jean QUERIAT Senior lui-même, à l'exception de celle de la Troupe Roi Albert dans la cour du "vieux" Collège en 1919, que nous a confiée Pierre DAMAS.

Jean QUERIAT Sr (Loup)

Du foulard vert
au foulard noir-et-rouge :

la Troupe Roi Albert
de 1925 à 1929


Ad liminem : Je corrige le texte de mes souvenirs le 9 septembre 1994, alors que je viens d’assister aux funérailles de Pierre VAN GEERSDAELE, rentré à la Maison du Père le 6 septembre 1994. Il fut l’âme de la Troupe renaissante. J’ai eu le privilège d’être son ami pendant près de 70 ans. Je dédie ces pages à sa mémoire.

Tel le Phénix...

    Depuis sa fondation survenue en 1919, à l’initiative du Révérend Père DESCAMPE† et des Chefs Raoul PARENT† et René MOUREAUX† (professeur au Collège), l’activité, pour ne pas dire l’existence de la Troupe Roi Albert, première troupe du District de Charleroi, n’a été interrompue totalement qu’en 1924.
    Dès 1925, sous l’impulsion du Révérend Père STEVENS† sj, et de quelques anciens, elle renaît en ayant abandonné le caractère quelque peu militaire (clairons, tambours) qu’elle avait présenté au cours des premières années de son existence, sous l’influence des tendances du temps de guerre.

La Troupe Roi Albert en 1919/20

La Troupe en 1919

    Faire renaître une Troupe n’est pas chose aisée dans un Collège où, à cette époque, beaucoup de Pères sont hostiles au scoutisme. Que peut apporter, croient-ils et déclarent-ils, un mouvement dont le fondateur Baden-Powell est protestant, et dont l’action ne peut que tendre, par ses méthodes, à ruiner l’esprit de famille?
    Cet avis de bien des Pères est d’ailleurs partagé par la majorité du Clergé séculier qui craint, en outre, que le scoutisme ne vienne concurrencer l’action naissante du mouvement des patronages paroissiaux.

    Dans ce contexte défavorable, la décision est néanmoins prise : la nouvelle Troupe sera formée. Philippe DULAIT, alors étudiant en droit à Louvain, en redeviendra la Chef (le «Master» comme on disait alors) aidé de Pierre VAN GEERSDAELE†, également étudiant, en droit, à Louvain. Le Père STEVENS en sera l’aumônier. Tous trois s’efforceront, avec succès, d’inculquer à la Troupe l’esprit du fondateur du mouvement. Le livre «Éclaireurs» est leur bible. Le système des patrouilles, clé de la méthode, est rigoureusement appliqué aux deux patrouilles primitives : les LOUPS et les RENARDS qui, pour la première fois, pendant les vacances de Pâques 1925, camperont à la citadelle de Namur.

En route vers le camp de Namur (Pâques 1925)

André et Willy en panne...      Camp de Pâques, Namur 1925

Camp de Namur, 1925

   En mai 1925, la patrouille des LYNX voit le jour. Les réunions ordinaires se tiennent au Collège le mardi après quatre heures et le dimanche matin. Les «sorties» ont lieu le plus souvent dans les bois, d’un seul tenant, de LOVERVAL et de NALINNES qui, à cette époque, ne sont nullement urbanisés.

Il était une charrette, tirez les gars,...

En août 1925, c’est une troupe de trois patrouilles qui s’embarque pour CHINY, pour un camp de deux semaines. Le voyage se fait en train. Le matériel, expédié préalablement, est retiré du dépôt de la gare de FLORENVILLE en même temps qu’une «charrette» démontable sur laquelle tout le barda sera chargé, hormis les sacs à dos. Sept kilomètres sont parcourus joyeusement en chantant : « Il était une charrette, tirez les gars, ...»

L’endroit de camp se situe sur la rive droite de la Semois, à 100 mètres environ du Pont Saint Nicolas, entre la rivière et le départ du chemin des 7 Tilleuls (arbre célèbre et vénérable existant encore aujourd’hui). Le site est merveilleux : c’est une haute futaie d’épicéas majestueux, suffisamment distants les uns des autres pour que les tentes puissent être montées entre les troncs. Une clairière centrale permet d’installer la cuisine.

Cuistots surveillés par leurs "victimes"...

En début de soirée, les trois patrouilles sont chez elles. Chacune est logée dans une tente ronde, à simple toit, de l’armée américaine. Les couchettes sont posées comme les rayons d’une roue dont le moyeu serait le mât central de la tente. Chaque scout dispose d’une paillasse rembourrée de paille, d’une couverture cousue en sac («sac à viande»), et d’une seconde couverture. L’oreiller est le sac à dos (sacs à poil de vache, récupération de l’armée allemande). Les staffs individuels sont plantés en faisceau devant les tentes. (Note du Webmaster : par "staff", entendre "bâton de marche")

Le camp sera dirigé, la première semaine, par Philippe DULAIT, et la seconde par André GAILLY, officier d’artillerie. Pierre VAN GEERSDAELE et son frère Guy, étudiant en Mine à Louvain, sont assistants. L’aumônier officiant est le Père Robert DUPIERREUX, attaché à un centre de Russes Blancs à NAMUR. Le Père STEVENS, Aumônier officiel, n’est pas encore prêtre.

Parmi les scouts, je revois :

chez les LOUPS : Hubert DULAIT (CP), Carl BROGNON, Maurice PETIT, André DE THAYE, Alfred VAN HASSELT, Henri HANOTEAU, René DUFOUR, Willy VAN RYCKEVORSEL ....

chez les RENARDS : Henry GAILLY (CP), Raymond VAN BREUSEGHEM, François LAMBOTTE, les deux frères COPPIN, Germain MESTDAGH, ....

chez les LYNX : Albert DE THAYE (CP), Robert BRACQ, Egide REGNER, José CASTAGNE, moi-même, ....

R. Van Breusegem  R. Dufour  G. Mestdagh

La messe est célébrée chaque matin par le Père DUPIERREUX, dans une chapelle néogothique, encore existante aujourd’hui à mi-côte de la route conduisant au village.

Le feu de camp, tant attendu chaque soir, était une véritable cérémonie qui procédait de ses rites propres. L’arrivée des patrouilles se faisait dans le plus profond silence. La mise à feu n’avait lieu qu’après le rassemblement complet. Le feu, comme tel, était respecté : aucune substance autre que le bois ne pouvait s’y consumer. La tenue était rigoureuse, chacun s’enfouissant dans une couverture ceinturée à la taille et fermée au cou, et portant sur la tête, noué sur le front, le foulard vert qui, en ce temps-là, avait été adopté par la plupart des Troupes.

Bivouac, par Pierre JOUBERT


Autour du feu, le cercle vivant, éclatant de couleurs dont les tons variaient sous les lueurs des flammes, produisait sur tous un effet magique, indéfinissable, de communion avec cette merveilleuse nature dans laquelle chacun se trouvait plongé.

A la partie à la fois amusante et pittoresque résultant de l’imagination du gardien des légendes et des Chefs de Patrouilles, succédait une partie plus grave aboutissant à la prière et pour finir à cet incomparable Cantique des Patrouilles que tous chantaient avec une ferveur véritable. C’est à CHINY, je crois, que devant les lueurs du feu mourant, pour la première fois, fut chanté cet admirable cantique évoquant les «Frères scouts rentrés à la maison».

Par ailleurs, que de souvenirs encore :

* la corvée journalière de bois mort;
* l’autre corvée, à la Semois, pour y puiser, en plein courant, l’eau à bouillir de la cuisine (ô temps bénis de l’absence de pollution!);
* l’autre corvée encore, d’eau potable celle-là, à longue distance, pour y remplir «la vache», réservoir en toile, nouvellement acquis par la Troupe, muni à sa base de petits trayons métalliques;
* l’aventure du trou à détritus, encore tout neuf, tout frais et tout propre, qui reçut au cours de son premier usage le souper du premier jour déversé lors de l’égouttage du macaroni... La récupération de ce mets, un peu croquant, fut assurée par la demi patrouille de service;
* l’invasion de guêpes;
* mes réveils au petit matin, par un oiseau dont j’entends encore et toujours le chant, mais dont je n’ai jamais connu le nom;
* ma terreur panique lorsqu’une nuit je dus sortir de la tente pour me rendre aux feuillées, bien loin, bien loin, au fond de la forêt aux bruits mystérieux;
* la randonnée à l’Abbaye d’ORVAL, qui à ce moment n’était encore qu’une ruine, qui ne laissait aucunement prévoir sa prochaine résurrection;
* la toilette du matin dans la Semois aux bords déjà émaillés du givre qui annonçait l’automne;
* les tentatives laborieuses du Père DUPIER-REUX pour apprendre à quelques-uns les danses populaires russes;
* les prises de foulard dans la forêt;
* le jeu-excursion aux étangs des Epioux à travers la pleine forêt;
* les adieux émouvants au «Master Philippe» après la première semaine de camp;
* l’incendie des banderoles de papier dans la chapelle St Nicolas, allumé par Egide (l’enfant de choeur de service) lors de l’extinction des chandelles, à la fin de la messe;
* les pêches improvisées, et fructueuses, de Germain MESTDAGH dans la Semois à l’aide d’un bâton, d’une ficelle, et d’une épingle de nourrice repliée en hameçon;
* la promenade nocturne, à la pleine lune d’Août resplendissante, jusqu’au sommet de la route contournant et dominant la boucle de la Semois de CHINY. La joie manifestée par le Père STEVENS devant la splendeur de la nuit.

Adieu Emile...

NOEL 1925 : la fête traditionnelle a joyeusement commencé. La Troupe est rassemblée dans la salle de gymnastique du Collège où des jeux sont organisés avant la veillée. C’est l’assistant Emile RENARD qui les dirige. Un nouveau jeu est en cours, auquel je ne participe pas, je ne sais plus pour quelle raison. Les scouts, les yeux bandés, doivent se saisir du chef de jeu qui se déplace da la salle en faisant tinter une clochette qu’il porte autour du cou.


Emile RENARD
Emile RENARD
(voir sa notice biographique (fichier PDF))

Je revois parfaitement cet événement vieux de près de 70 ans : Emile RENARD s’arrête, s’assied sur une chaise, incline la tête, et meurt. Il était né en 1903. Il était entré à la Troupe en 1919 et faisait partie du groupe restreint qui l’avait maintenue en vie durant les années critiques de 1921 à 1924. Il avait participé de manière très active à la renaissance de 1925. Il fut en outre notre premier Chef de Clan.

Camp de Maredsous

PAQUES 1926 : une troupe entière, à vélo, part pour Maredsous pour un camp d’une courte semaine. L’endroit où se rassemblent les trois patrouilles est toujours repérable aujourd’hui. C’était une prairie, située à l’angle de la route passant devant l’Hostellerie d’Emmaüs et celle rejoignant l’Abbaye de MAREDRET. Elle était entourée d’arbres protégeant ainsi des regards des rares passants de cette route déserte. L’endroit est actuellement une propriété bâtie. Philippe DULAIT dirige le camp.


En route vers Maredsous...

Pour la première fois apparaît à la Troupe le Père VAN KEERBERGHEN† qui a accepté de seconder le Père STEVENS dans la charge d’aumônier de camp. Le Père VAN KEERBERGHEN avait été naguère un contempteur du scoutisme dont il avait combattu les méthodes et l’action en critiquant sévèrement un des livres de base du scoutisme catholique : «Le Scoutisme» (du R.P. SEVIN s.j., Aumônier Général des Scouts de France). C’était donc quelqu’un à convertir. Je crois que ce fut fait, et bien fait, à MAREDSOUS. En tous cas, le Père VAN KEERBERGHEN succéda bientôt au Père STEVENS qui devait nous qui devait nous quitter en 1926.


A la Citadelle de Dinant

Ce qui m’est resté de ce camp, c’est essentiellement le souvenir de ce Père qui découvrait le Scoutisme en vivant son premier camp parmi les scouts. Sa gentillesse était extrême, et sa cordialité lui attirait la sympathie de tous. Il savait parler aux jeunes que nous étions, avec simplicité, des choses les plus profondes; on pouvait sans réserve se confier à lui.
Quant aux événements proprement dits du camp, ils furent certes nombreux. Les aurais-je oubliés? Je ne crois pas : ils sont enfouis dans ma mémoire et peuvent resurgir subitement. Ainsi celui-ci. Un projet de pyramide humaine fut mis au point. Le cercle de base est bientôt mis en place. Dès la formation du deuxième niveau, une chute collective survient. Conséquence : Jean PAULET† de la patrouille des RENARDS est relevé avec une clavicule brisée. Ce fut la première et dernière tentative du genre.

1926 : GROENENBERG, ANVERS, ORVAL...

AOUT 1926: Le Père STEVENS a quitté CHARLEROI en laissant le souvenir d’un être d’exception dont la vigueur de corps et d’esprit a marqué profondément la Troupe renaissante. En moins de deux ans, aidé de chefs remarquables, il avait installé sur des bases définitives une Troupe qui bientôt se transformerait en une grande Unité, capable de fournir de nombreux chefs, fondateurs eux-mêmes d’Unités nouvelles dans le Bassin de CHARLEROI.

J’ai devant les yeux une image de la Vierge au verso de laquelle se trouve imprimée la prière du Scout Catholique. En bas du texte, je lis une mention manuscrite : «Souvenir du camp de GROENENBERG du 6 au 12 août 1926. V.B.». C’est en effet dans le château de GROENENBERG à VLESENBEECK que la Troupe débarque le 6 août 1926 sous la conduite de Pierre VAN GEERSDAELE et du nouvel aumônier, le Père VAN KEERSBERGHEN.

Pierre GOLENVAUX  jqnam25e.gif (13680 octets)  Valentin BRIFAUT

La propriété appartient au Commissaire Fédéral Valentin BRIFAUT†.  Le parc est vaste et splendide. Les tentes (toujours les tentes rondes) sont montées dans une prairie où pullulent les lapins. Valentin BRIFAUT participe à l’installation. Dans la cinquantaine de son âge, il est impressionnant de dignité et d’autorité bienveillante. Il a une longue expérience des mouvements de jeunesse : au début du siècle, il fut un des dirigeants des Jeunes Gardes Catholiques. C’est, par ailleurs, un homme de haute culture. Rapidement, il prend la Troupe en affection.
Inoubliable souvenir : par deux fois, au cours du séjour, la pluie survient dans la soirée. Le feu de camp a lieu dans le grand salon du château, en présence de la famille, devant le feu ouvert monumental. A chacune de ces soirées, Valentin BRIFAUT, «le Vieux Groenendael», nous fait une lecture passionnante. C’est un lecteur de grand style qui possède une voix au timbre exceptionnel. Je crois me souvenir de quelques pages puisées dans les «Captifs» de Joseph KESSEL.

En dehors de l’activité normale du camp, le temps se passe à préparer les épreuves prochaines du JAMBOREE national d’ANVERS qui se tiendra du 13 au 19 août. Et en effet, la Troupe se retrouve bientôt à ANVERS où vient nous rejoindre le Commissaire Fédéral. Nous y vivons l’ambiance extraordinaire des Jamborees, favorables aux contacts et aux rencontres. Nous participons aux épreuves diverses et aux rassemblements exaltants. Un plus sinistre souvenir : les feuillées collectives, à l’anglaise, où nous ne parvenons guère à faire la causette avec des voisins parfois plus loquaces que nous. Si nos succès dans les épreuves sont limités, nous emportons néanmoins je ne sais plus quelle mention, mais une distinction toutefois en «Exercice de Topographie».

Durant la première quinzaine de septembre 1926, une équipe réduite de la Troupe campe à ORVAL. C’est le premier contact avec l’Abbaye dont la restauration est prévue. C’est cette équipe qui donne le premier coup de pioche de la longue reconstruction. André DE THAYE en était. C’était son dernier camp : il devait mourir, saintement, six semaines après, à l’âge de 14 ans.

Plaque commémorative sur la Chapelle N.D. des Scouts (Orval)

KIWUNDIGA

PAQUES 1927 : les trois patrouilles se retrouvent à GODINNE. Pierre VAN GEERSDAELE les conduit. Le Père VAN KEERBERGHEN a quitté le Collège de Charleroi pour celui de Mons où il poursuit son action comme aumônier de la troupe St Stanislas. Le Père VAN CUTSEM† le remplace. Ce n’est pas manquer à la mémoire de celui-ci de dire que, comparé à ses deux prédécesseurs qui étaient la distinction personnifiée, le Père VAN CUTSEM faisait un peu figure d’un ours bien léché. Il avait de cet animal bien sympathique, la candeur et la bonhomie, mais aussi parfois - disons rarement - le coup de patte assassin. Il parlait franc et agissait rudement, mais toujours de manière efficace. C’est lui qui apporta à la Troupe, cadeau de son frère missionnaire au Congo Belge, la célèbre KIWUNDIGA, disparue aujourd’hui selon mon petit-fils. C’était un instrument d’appel, sorte de trompe en bois munie d’une embouchure latérale dans laquelle on soufflait. Elle résonnait gravement chaque matin et réveillait, avec nous, la forêt entière.
Le souvenir particulier que j’ai du camp de GODINNE est une B.A. collective originale qui a consisté à sortir de leurs caisses tous les livres qui constitueraient la bibliothèque du Collège de GODINNE, nouvellement bâti, qui devait ouvrir ses portes à la rentrée scolaire.

Pelles, pioches, brouettes...

Au mois d’août de la même année, Pierre VAN GEERSDAELE et le Père VAN CUTSEM conduisaient la Troupe à l’Abbaye d’ORVAL. Le camp est installé à l’entrée des ruines, à l’opposé de la Fontaine Mathilde.
Une quatrième patrouille a vu le jour depuis deux mois. Maurice PETIT† en est le chef. Elle rassemble les plus jeunes d’entre nous : parmi eux, je revois Jules RENCHON† qui devait devenir l’abbé RENCHON, aumônier général des bateliers. Il était le fils de Constant RENCHON, bâtonnier du Barreau de CHARLEROI qui mourra en 1943 décapité à la hache dans une prison hitlérienne.
Pour la première fois une tente rectangulaire, bleue, à double toit, apparaît au milieu des antiques tentes circulaires. Elle abrite la jeune patrouille.
La troupe, à l’initiative de son chef Pierre VAN GEERSDAELE, a abandonné le foulard vert : chacun porte au cou un foulard bien neuf, noir bordé de rouge. La culotte et la chemise sont toujours kaki, de même que la cape.

Les "p'tits gars d'la Première" déblaient à Orval...


Le but du camp est bien précis : poursuivre les travaux commencés par l’équipe de septembre 1926, en dégageant une partie des ruines et en particulier en déblayant les souterrains de l’Abbaye consistant en un vaste réseau de caves voûtées en plein cintre. Ces lourds travaux occupent tous nos jours. La pioche, la pelle, la brouette et le train Decauville deviennent nos outils et nos engins familiers. En travaillant de la sorte, nous prenons conscience de notre participation à la renaissance d’un site monastique prestigieux, et nous avons l’impression de reconstruire la chrétienté.
Avec nous, mais séparée de nous, une troupe anversoise francophone (la 2ème Anvers) participe aux mêmes travaux. Les chefs des deux troupes se connaissent et certains feux de camp sont organisés en commun. A cette occasion, nous apprenons et nous chantons sans complexe et avec joie quelques chants flamands et entre autres l’admirable «Vlaamse Leeuw» : nos amis anversois chantent avec le même entrain «Valeureux Liégeois». C’est depuis lors que chaque fois que j’entends chanter le «Vlaamse Leeuw», j’en fredonne tout naturellement les paroles.
Deux autres souvenirs surgissent aujourd’hui de ma mémoire :
* Notre assistant, Guy VAN GEERSDAELE, à l’époque étudiant en 5ème année de Mines, plongeant en tenue de bain dans l’eau glacée de la fontaine Mathilde pour en nettoyer les parois et le fond
* La Troupe au bain dans l’Etang Noir, mystérieux endroit évoqué par Paul FEVAL.

1928, la parenthèse...

1928 fut pour moi une année noire : pas de camp, pour raison de santé déficiente. Je n’étais donc pas au BRULY à Pâques, ni à CHARNEUSE en août. Je peux cependant rappeler que c’est au camp du BRULY, dirigé par Hubert DULAIT†, que Pierre CAMBIER prit contact avec le scoutisme. Il occupera par la suite la place que l’on sait dans le développement du mouvement scout en Belgique.

Rostro d’Aquila

Le camp de Pâques 1929 n’aura pas lieu, un grand pèlerinage à ASSISE et à ROME étant organisé en avril par l’A.C.J.B. Le Collège de Charleroi est bien représenté, et parmi les pèlerins, quelques scouts, notamment Robert BORN†, Jules LEONARD†, et moi-même.
Au deuxième jour de notre présence à Rome, une grande manifestation est organisée dans je ne sais plus quel haut lieu, où la J.C. belge doit rencontrer la J.C. italienne. Parmi les représentants de cette dernière, quelques balilas sur fond noir mais aussi des anciens scouts, encore sous le coup de l’abolition du mouvement scout italien par le pouvoir fasciste. Notre insigne nous fait repérer et nous entrons en contact avec eux : l’un d’eux parle français.
Le lendemain soir, nous nous retrouvons, Robert BORN, Jules LEONARD et moi, à une réunion scoute clandestine dans un palais de la famille des Princes COLONNA. Nos amis italiens ont revêtu l’uniforme. C’est à cette occasion que des liens sont noués avec Mimo MADDALENA† (Rostro d’Aquila) qui campera bientôt avec nous à AGIMONT en août 1929.
Le camp d’AGIMONT au château de la famille PUISSANT sera le dernier camp de troupe de Pierre VAN GEERSDAELE. Le Père FREDERIC† en était l’aumônier attitré. Il était secondé par le Père REUMONT†. Hubert DULAIT était assistant.
Le Père FREDERIC commençait là une carrière d’aumônier de troupes et de meutes qui ne devait se terminer qu’aux abords de l’année 1970. Il exercera cette fonction d’une admirable manière, notamment à JUMET où bien des familles gardent encore de lui un souvenir marquant, dû à sa bonté profonde et à sa bienveillance.
Le Père REUMONT, quant à lui, ne fit que passer chez les scouts. Il en marqua néanmoins plusieurs par son esprit, et son prestige d’authentique ancien combattant.
La présence de Mimo MADDALENA donne au camp un caractère particulier. Sa forte personnalité transforme les feux de camp en fête italienne. De sa voix rocailleuse il apprend aux patrouilles à chanter «Santa Lucia» et «La fiesta de Maestro Andrea». Quelques années plus tard, Mimo entrera dans la Compagnie de Jésus.

ORVAL (suite)

En septembre 1929, plusieurs scouts qui avaient campé à ORVAL en 1927 retournent à l’Abbaye pour y poursuivre les travaux de déblaiement. Ils font désormais partie du Clan. Hubert DULAIT entraîne l’équipe qui s’installe sur une terrasse, à l’Ouest des ruines. Dans mon souvenir, j’y vois : Raymond VAN BREUSEGHEM, Albert DE THAYE, Henri et Albert GAILLY, Joseph FONTAINE, Emile LEFEVRE, Raymond BEUDELS.
En arrivant, nous découvrons un aumônier improvisé. C’est le Père FASBENDER o.p., dominicain du couvent de LIEGE qui séjourne occasionnellement à ORVAL. La coïncidence est heureuse, le courant passe et la sympathie est immédiate; il nous révèle la liturgie gallicane des Dominicains. Pour certains d’entre nous ce sera la naissance d’une vénération pour St Dominique et pour ses fils.
A ce moment, l’Abbaye renaissante d’ORVAL comporte une petite communauté de trois personnes. Le R.P. Marie-Albert (Charles VAN DER CRUYSSEN), le bâtisseur qui deviendra le 53ème abbé d’ORVAL. Le R.P. François-Régis qui deviendra Maître des Novices à ORVAL et qui mourra Abbé de Sept-Fons. Et enfin un frère moine tout de brun vêtu, chargé des tâches les plus humbles. Le Père François-Régis passe chaque jour quelques heures avec nous. C’était un homme doux au discours captivant exprimé avec un accent méridional chantant.
A la fin du camp, le clan est devenu «le Clan de la Pioche». Il poursuivra les travaux quelques années encore. Plus tard, les moines n’oublieront pas ces premiers pionniers de la reconstruction de leur couvent. Dans la chapelle dédiée à N.D. des Scouts, faisant corps avec l'église abbatiale, leur souvenir sera rappelé.


Adieu, Hubert !

Dix ans ont passé depuis la fondation primitive de la Troupe Roi Albert, et cinq ans depuis sa résurrection en 1925. La nouvelle décennie commencera tristement : le 27 janvier 1930, Hubert DULAIT meurt à Bruxelles. Il sera inhumé le 31 janvier au cimetière de Mont-sur-Marchienne en présence de la Troupe en pleurs.
Dans le livre Tally de la patrouille des RENARDS, on pouvait lire la mention suivante : " Réunion du 28 janvier. Depuis hier, il n’y a plus qu’un seul sujet de conversation : la mort de notre assistant Hubert DULAIT. Le temps réservé à la réunion est passé en prière à la  chapelle pour le repos de l’âme du Loup méthodique."

Hubert DULAIT
1er pionnier de la Troupe Roi Albert
Ancien CP des Loups
Routier du Clan de la Pioche
Premier Assistant de Troupe
Etudiant en seconde Mines à Louvain
Rentré à la Maison.
R.I.P.

Hubert DULAIT (Lourdes, 1928)

Hubert à Lourdes
Août 1928
Au Révérend Père Stevens.
En souvenir de mon
cher et regretté fils
(signé) Albert Dulait


Retour au sommaire

 

1929-1934
Souvenirs de Richard DE SMET s.j. (1914-1997)

Richard DE SMET (Crocodile)

Le "Crocodile", Richard DE SMET sj, a été missionnaire en Inde pendant un demi-siècle. Les cinq ans qu'il a passés à la Troupe Roi Albert, et sa profonde amitié pour l'Okapi bourrasque, vp Albert DETON, son "alter ego", l'ont marqué jusqu'à la fin de ses jours. Lors de ses séjours en Belgique à la fin de sa vie, il partageait volontiers ses souvenirs et a bien voulu rédiger les lignes ci-dessous, témoins d'une mémoire remarquable dont il a eu plaisir à nous offrir le fruit, pour que vive le feu auquel les Scouts ont mis la flamme...

Le cheval de B.P.

Lorsque l’Unité Roi Albert (Chef : Pierre VAN GEERSDAELE) m’accueillit en 1929, elle ne comptait qu’une troupe de quatre patrouilles (Loups, Renards, Lynx, Cigognes) et un petit nombre de Routiers. Ce n’est qu’en 1931 que ceux-ci formèrent le Clan de la Pioche (Premier chef : Joseph FONTAINE), ainsi appelé en souvenir de leur déblaiement des souterrains de l’abbaye d’Orval. J’entrai chez les Cigognes, dont le C.P. était l’extrêmement gentil José CASTAGNE, et le second Jules RENCHON, futur aumônier des bateliers. Je serais ensuite muté à la nouvelle patrouille des Écureuils, avec José comme C.P. auquel succéderaient Franz NOKERMAN (Mésange souriante)(Note du Gardien des Légendes : il y a ici confusion entre Ecureuil ingénieux, vp Franz NOKERMAN, et Mésange souriante, vp Jean HENRARD : voir le deuxième post-criptum en fin de texte) puis André MASSINGER (Rossignol poète), Charles STRANARD et André STRIMELLE. (Voir N.B. en fin de texteLa troupe était encore toute rayonnante de la participation de Robert BORN, Jules LÉONARD et Robert BRACQ au Jamboree international de Birkenhead et de leur souvenir de Baden-Powell mais surtout de son cheval qui avait mis son pied dans leur marmite à soupe. Ils avaient rapporté de là pour leur patrouille des Lynx des écharpes que leurs scouts chérissaient. Les mêmes plus Jean QUÉRIAT avaient aussi participé au pèlerinage à Rome de l’ACJB (Action Catholique de la Jeunesse Belge) et avaient eu des contacts avec des scouts italiens (clandestins sous Mussolini), en particulier avec Mimo MADDALENA au profil d’aigle (d’où son totem «Rostro d’Aquila») qu’ils avaient invité à leur prochain camp (à Agimont) et qui resterait lié à la Troupe. On parlait aussi beaucoup du camp fait à Pâques ’29 à Chiny, du Jamboree national de Pentecôte à Anvers, qu’avait précédé un petit camp chez le commissaire national Valentin BRIFFAUT. En été, la Troupe avait fait à Agimont un camp qui leur restait aussi fort mémorable.
Le début de l’hiver fut marqué par les funérailles impressionnantes à Mont-sur-Marchienne d’un de nos assistants, Hubert DULAIT, mort, je crois, de septicémie. Le beau chant scout «Mon Seigneur Jésus, nous voulons prier pour nos braves compagnons, nos frères scouts, tous ceux qui sont rentrés à la Maison» et celui de l’«Au Revoir» autour de sa tombe furent profondément émouvants.

Premières joies scoutes

Bientôt, ce fut le plaisir des jeux dirigés avec brio par les assistants Jean QUÉRIAT, Maurice PETIT, et surtout le spitant Raymond VAN BREUSEGHEM sous l’oeil souriant du père Charles HENROZ, l’émerveillement du feu de camp de Noël, la construction (qui allait se prolonger au cours de plusieurs années) de quatre coins de patrouille et du coin des Sachems dans le grenier du Collège, l’entrée à la Troupe de mes compagnons de classe Albert DETON, André MASSINGER, puis de Jean HENRARD et André STRIMELLE, et enfin mon premier camp à Acoz chez le baron Octave PIRMEZ. J’y eus ma première expérience des grands jeux, du woodcraft, et des feux du soir où se révélaient les gardiens des légendes et où la voix chaude de Jean QUÉRIAT chantant «J’aime le son du cor» ou «Belle nuit» nous ravissait. Dès l’allumage du feu commençait une sorte de liturgie qui nous faisait passer du comique à l’amusant, puis au grave et finalement au religieux avec le «Cantique des Patrouilles» et la bénédiction finale par l’aumônier. S’y ajouta une fois après une heure de sommeil un jeu de nuit qui nous réveilla en sursaut mais qui se termina par une surprise finale, du cacao chaud préparé par les sachems sur les braises d’une meule de foin qu’ils avaient allumée pour nous faire croire à un incendie du château qu’il nous faudrait aider à éteindre.
Le camp d’été de 1930 fut à Profondeville chez le frère de notre aumônier. Ce dernier fut souvent l’objet amusé d’un chant composé par R. VAN BREUSEGHEM sur l’air très populaire alors d’«Avoir un bon copain». Son compagnon d’aumônerie, le père PALMERS qui s’extasiait constamment, fut totémisé «Ramier superbe».

Le bébé de Lindbergh

Mais c’est surtout le camp de Pâques 1931 à BOUSSU-en-FAGNE qui fut mémorable non seulement par sa neige, mais surtout par un tour que nous joua Robert BORN, le Renne nomade, devenu notre Chef de Troupe.

Un matin, à 8h30 au rassemblement, nous voyons arriver le Renne mystérieusement escorté du curé et du commandant de gendarmerie. Ils délibèrent avec des visages graves, puis le Renne nous annonce que le ravisseur du bébé de Charles LINDBERGH (le héros de la première traversée en solitaire de l’Atlantique par avion) est parvenu à Anvers avec l’enfant et traverse la Belgique vers la France. Il est probablement dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, et il s’agit d’aider la gendarmerie à le repérer et le capturer. Nous allons partir immédiatement, chaque patrouille dans une des directions probables de son passage. Elles devront signaler tout véhicule ou personnage suspect à la gendarmerie de Couvin. Ce n’est que peu à peu, et à cause des voix amusées des gendarmes, que nous finissons par soupçonner que le Renne nous a «fait marcher».

Des sachems dévoués

Ce tour fut trouvé si bon par le Serpent à Coulisses (Robert BRACQ) qu’il le répéta à un des premiers camps de la Sixième qu’il venait de fonder à Jumet avec des fils de mineurs. Il y avait déjà plusieurs troupes paroissiales (à la Ville Haute, la Broucheterre, Monceau, Marcinelle), mais elle fut la première troupe vraiment ouvrière. Elle inspira la fondation de plusieurs troupes semblables, même dans d’autres provinces, spécialement sous l’influence du père René DEBAUCHE que l’initiative du Serpent avait définitivement conquis. On sait par ailleurs la prolifération multiforme de la Sixième sous l’impulsion continue de celui qui devint magistrat, puis le Baron BRACQ et de son épouse et bras droit, Moustique. (Note du Webmaster : Serpent fut aussi Commissaire Fédéral à la FSC)

Je signale ici que le succès de ces troupes était assuré parce qu’il n’existait guère de «problème des chefs». Ceux-ci étaient pour une grosse part issus de la Première. La plupart étaient des universitaires qui rentraient de Namur ou Louvain aux week-ends et nous consacraient volontiers une partie de leurs vacances. Ils avaient les qualités du coeur et le zèle de leur foi chrétienne mais aussi l’intelligence et l’imagination qui renouvelaient sans cesse l’intérêt et la joie de notre vie scoute. Je vivais dans une gratitude constante envers eux.

Journaliste et cuistot

C’est sans doute en ’31 que parut le premier numéro du «Trait d’Union», la revue plus ou moins bimensuelle que les grands produisaient à l’encre violette sur un bac de pâte à polycopier et à laquelle nous étions tous invités à collaborer par des articles, des rapports de camp, des poèmes, des dessins, des recettes de bricolage ou des devinettes et autres choses amusantes. (Note du Webmaster : plus tard il y eut "La Flamme" puis "En Avant, Première !") Mon premier article y fut sur la Lesse, la rivière de mon enfance à Redu dont je gardais la nostalgie.

Au cours de l’été ’31, nous avons campé à Tancrémont sous des pluies presqu’incessantes; aussi le cri du camp fut : «Tancré, Tancré, Tancrémont, le ciel p... on s’en fout, glou-glou-glou-glou-glou !». Cependant, ce pays de hauts lieux près des Fagnes était beau, et notre bonne humeur ne flancha qu’exceptionnellement. Mais dès lors on prit comme idéal «la vie rude».

En 1932, nous campâmes à Jamblinne. J’y acquis mon badge de cuistot en préparant tous les repas de la patrouille des Ecureuils. Je me souviens très bien d’un violent orage en dépit duquel il me fallait réussir un gros tas de crêpes à la cassonade abrité sous un simple imperméable. Beaucoup se rappelèrent longtemps le froid brutal des bassins d’eau de la rivière dont nous nous douchions le torse tôt le matin. Tous en étaient vraiment réveillés pour la messe qui suivait comme chaque matin de nos camps. Celles-ci nous ancraient plus efficacement qu’ailleurs dans la foi chrétienne qui dynamisait notre vie. Le camp se termina par un hike qui nous mena de nouveau à Boussu où nous avons assuré des services dans une fancy-fair paroissiale.

C.P. f.f.

Jamblinne fut suivi à Pâques 1933 de Féroul puis à la Pentecôte d’un rallye provincial entre Gozée et Mont-sur-Marchienne (Ndlr : voir photo ci-dessous avec, à gauche, André MASSINGER, et au centre, de profil, Richard DE SMET. La photo est de Jules LÉONARD). Nous n’y gagnâmes pas la compétition la plus difficile : à partir d’une seule bûche bien dure, réussir les premiers à allumer un feu qui brûlerait une corde à quelque 60cm de hauteur. En été nous campâmes à Assenois. Je remplaçai notre C.P. empéché d’y venir et cette responsabilité épanouissait mon adolescence. J’inventai le cri : «Wak’Assenois-Wiki-Waki-Wou (rapide) O Waki Wou (lent)»

Avec le Renne et quelques autres jeunes chefs, nous avons fait ensuite un camp-retraite guidés par le Père trappiste François Régis près de la fontaine Mathilde de l’abbaye d’Orval. De là, nous sommes partis en hike vers Verdun et spécialement le fort de Douaumont. C’était l’époque du grand film «Verdun, Visions d’Histoire» et nous commencions à sentir que la victoire électorale d’Adolf Hitler menaçait notre génération d’une nouvelle guerre.

Naissance des Chevreuils

En septembre 1933, on me confia une nouvelle patrouille, les Chevreuils, après que je n’aie pu obtenir des autorités du Collège de pouvoir y fonder une meute de Louveteaux. Jean HENRARD, avec comme aumônier le R.P. Joseph MASSON s.j. serait plus heureux deux ans plus tard. La patrouille des Chevreuils répondait aux besoins de garçons qui, comme Louis et Jean MARLIER, habitaient trop loin pour pouvoir prendre part aux réunions normales. Nous nous réunissions donc à des jours différents, mais aux vacances nous campions avec la Troupe. La première fois, ce fut à Arville

Du Pape aux oies...

Mais d’abord, à Pâques 1934, il y eut un grand pèlerinage scout à Rome (via le lac des Quatre Cantons, Kandersteg, Milan, Assise) où plus de 600 scouts belges furent reçus par le pape Pie XI. Les quatre C.P. rhétoriciens (André MASSINGER le Rossignol, Albert DETON l’Okapi, René GERMEAU la Mouette, et Richard DE SMET le Crocodile) y prirent part. Ils en revinrent avec des chéchias de balillas fascistes (mais après avoir fraternisé avec des scouts italiens de la clandestinité) coiffés desquels ils firent une arrivée tardive mais remarquée au camp d’Arville. Leur professeur, le père René DEBAUCHE le Canard, y vint deux jours plus tard. Les patrouilles y déployèrent une imagination renouvelée pour préparer des numéros de feu de camp inattendus et de haute qualité. Il leur fallut aussi trouver comment on tue une oie le jour où le Renne nous surprit au rassemblement du matin en distribuant à chaque C.P. un sac contenant une oie vivante pour notre dîner. Avec l’intendant Jean QUÉRIAT il regarda ensuite de son air narquois les scènes tragi-comiques qui s’ensuivirent. Le Bison sans bosse (Jules LÉONARD) les immortalisait en photos excellentes.

L'oie de Mirwart

Le temps fut splendide. L’ambiance était formidable. Les Chevreuils (par désir de les encourager?) furent déclarés gagnants. Pendant ce camp nous nous étions tous mis par fantaisie à parler petit nègre, et il nous fallut quelques temps pour retrouver l’usage d’un français normal à notre rentrée au Collège.

Camp de MIRWART (1934)

En juillet, Mirwart fut notre camp sommet. Nous avions planté nos tentes dans la vallée encaissée de la Lomme dominée de très haut par le village. Au moment du ravitaillement, les grosses mouches à viande avides de déposer leurs oeufs sur des chairs fraîches nous forçaient à frire immédiatement nos rations de viande. Les sangliers nous visitaient la nuit. Mais la rivière nous invitait à des baignades joyeuses, les feux de camp se déroulaient sous un ciel de velours noir criblé d’étoiles que nous quittions silencieux, hantés par le beau chant à la «Vierge de Lumière» et le dernier vers du Cantique des Patrouilles : «Bénis-les, ô Jésus dans les Cieux!».

Adieu, Redu...

Après avoir replié nos tentes et supprimé toute trace de notre séjour, chaque patrouille quitta Mirwart pour un hike dans une direction différente. Je menai les Chevreuils vers Redu. Après avoir dormi à la Barrière de Transinne, je promis de leur faire voir ma maison ancestrale de Redu où nous n’avions pu arriver la veille. Bientôt, nous eûmes l’église en vue puis nous tournâmes à sa droite vers le tilleul centenaire mais alors, stupeur, je ne pus leur montrer que des ruines fumantes : la maison Compère, quatre fois centenaire, avait brûlé la nuit-même avec toutes ses pièces d’en bas et ses chambres, son toit d’écailles d’ardoise, son fournil, ses écuries, son bûcher et sa grange. Mais pour moi, cette perte était symbolique : j’avais déjà opté pour la vie de jésuite et le renoncement qu’elle exigerait.

Futurs Jésuites...

Les autres C.P. avaient fait de même mais avant d’entrer au Noviciat de la Compagnie de Jésus à Arlon (*), nous avions décidé de visiter à vélo avec le Bison les plus belles cathédrales de France, les châteaux de la Loire, et Paris.

Les CP de 1934 en voyage en France

Mais le temps était court. Nous prîmes le train jusqu’à Amiens, puis le vélo jusqu’à Beauvais, Chartres, et Tours. Nous dormions dans les granges ou à la belle étoile. Les pommiers qui bordaient alors beaucoup de routes de France nous rafraîchissaient de leurs fruits juteux. Je fis une chute plutôt grave mais qui ne nous retarda pas. A Tours, un car touristique nous mena de château admirable à château plus admirable encore. Puis ce fut Paris, gagné par train; nous logions à Asnières chez des parents du père DEBAUCHE et nous parcourions Paris par métro ou à pied.

En quelques jours, nous avions accumulé de merveilleux souvenirs. Le 23 septembre 1934 nous dîmes adieu aux scouts qui étaient venus à la gare et nous partîmes pour Namur. Dans le train qui nous emmena jusqu’Arlon, nous rencontrâmes la plupart des quelque trente jeunes hommes qui allaient partager notre vie de novices jésuites. Beaucoup étaient scouts de Bruxelles, Tournai, Mons, Namur, Liège, Verviers.

Soixante-deux ans ont passé depuis lors. J’en suis à ma cinquantième année en Inde, mais les amitiés nées à la Troupe ne se sont pas effritées. L’esprit scout a continué de nourrir nos vies. Beaucoup l’ont maintenant terminée, mais je leur reste uni par une admiration et une fraternité plus forte que la mort.

Richard DE SMET, s.j.
De passage à Charleroi en 1995

(*) Des quatre, seul Crocodile est devenu jésuite :
Okapi est entré à l'armée, a paricipé à la création du corps de nos Commandos, dont il fut le premier officier tombé au Champ d'Honneur, tué en mission en Italie le 3 janvier 1944. La plaine des manoeuvres du Centre d'Entraînement Commando de Marche-les-Dames lui est d'ailleurs dédiée.
Rossignol, décédé dans les années '80, a assumé des responsabilités de haut niveau à le RTB(F)
Mouette, seul survivant à l'aube du XXIème siècle, a des fils et des neveux (fils de Georges) qui ont eux aussi "scouté".

(**) Dans un courrier du 28.2.2000, Franz NOKERMAN, qui fit partie de la Troupe autour des années '30, écrit :
(...) Mésange souriante fut bien C.P. des Ecureuils, mais après moi : il m'a succédé fin 1931. En compagnie de Ouistiti engagé (José CASTAGNE), nous avions fondé la patrouille fin 1929. La Mésange en fut le deuxième Second (si je ne me trompe) et en devint le C.P. lorsque je quittai la Troupe pour entrer au Clan.
C'est ce que m'a indiqué mon Scout-Pass que j'ai retrouvé récemment. (...)

Ecureuil ingénieux
(Franz NOKERMAN)


Retour au sommaire

 

Qui donc rassemblera
sa sizaine au Rocher ?


La Première !


A la demande du Père Faon, le Père Philippe DE SCHUYTENEER sj, qui a prononcé l'homélie aux funérailles du Père Gaspard NAVEZ sj, évoque ici ses souvenirs de la fondation de la Meute de l'Unité.


En revenant du grand camp 2004, je trouve une écorce du Père Faon. C’était, pour ma Troupe, l’année du camp volant à l’étranger et je revenais, fourbu, desséché, mais entier, des Pyrénées espagnoles. Le Faon me demande de me tordre la mémoire pour évoquer la naissance, jadis, d’une meute, à la 1ère Charleroi. lko wapi ! comme je dirai plus tard en Afrique.

Cela devait être en juillet 34, d’après la chronologie des Cro-Magnons. J’avais accompagné mes chers parents pour la visite du camp scout auquel participait Jacques, mon frère aîné. Un orage éclata qui nous força à chercher refuge dans une tente de patrouille.
Un des scouts (Etienne Colin) s’allongea sur sa paillasse : à l’époque, on emplissait un sac de paille pour l’horizontale de la nuit. Etienne déclara superbement : " Même si la foudre tombe sur la tente, je ne bouge plus". Presqu’aussitôt, un coup de tonnerre tout proche éclate et le mât de la tente casse. Les tendeurs, en chanvre à l’époque, s’étaient raccourcis sous la pluie le mât n’avait pas résisté à la tension. Etienne-le-gisant bondit et lut le premier dehors.

Lors de cette visite je rencontrai le chef d’Unité, le Renne nomade (Robert Born). Je lui sciai une ou deux côtes pour qu’il me permette d’entrer à la troupe, malgré un âge qui tut tendre, quoique vous en pensiez : j’allais avoir 10 ans.
Le Renne récupéra ses côtes et répliqua que je devais attendre, mais que, si je trouvais 5 autres lascars, on pourrait fonder une meute, Le sort me fut favorable : j’ai pu entraîner Jean et Jacques Biernaux, Jacques Dochain (que l’on devait appeler Tibitum, à cause d’une danse du scalp à laquelle il se livrait et dont c’était le refrain) il y en avait encore 2 autres mais leur nom - honte à moi - fait une fugue dans ce qui me reste de mémoire.
Jean Henrard (*) fut notre Akéla avant de devenir pharmacien et de fabriquer des suppositoires calibrés; le P. Masson était notre aumônier

Un an après, je fus scout à la Troupe, chez les Ecureuils, puis chez les Renards. Là, j’ai été CP pendant 3 ans et demi : Renards toujours gais - je pousse encore parfois le cri.

Après quoi, le Seigneur, qui a de l’humour, me traça une piste : "Voilà la trace de mes pas". Je ne m’y attendais pas. Les autres non plus, je crois, mais le Seigneur me fit un croche-pied et je m’étalai au noviciat. Qu’il en soit béni et remercié. Je ne sais s’il s’est toujours félicité de son croc-en-jambe, mais pour moi. je lui demande de recommencer jusqu’à la fin de piste. Seulement, je vous l’ai dit, le Très-Haut a de l’humour et il est capable de me faire languir...

Depuis, j’ai dirigé 29 camps : AEP, Vacances vivantes, incognito, en tâchant d’y glisser une étincelle d’esprit scout, sans le dire.
J’avais arrêté les frais à 59 ans, il y a 20 ans, pour ménager quelques années de paix à mes os vieillissants. Mais le chef d’Unité des Ardents de Saint Michel, (un ami qui avait été mon élève en rhéto) vint me scier 3 côtes (une par visite) pour que je reprenne l’aumônerie de la 4e Troupe. Comme le refusais, par pitié pour mes articulations, il me fit nommer par mon supérieur. (Tu n’es pas candidat, mais si tes supérieurs te désignent ? - Alors, je suis c .... onné), En fait, je le suis maintenant depuis 16 ans, Je ne sais pas très bien quel dessin pourrait orner le badge ainsi mérité..

J’avais été totémisé Furet saugrenu, Quand notre aumônier, le Chamois (P. Sottiaux), apprit ma future entrée au noviciat, il voulait changer mon quali’, peu adapté, estimait-il, à un Révérend. Foin !, saugrenu j’étais, je suis et je serai. Cela n’est pas trop mal porté, là-haut, si j’en crois la vie des ermites du désert. J’ai hâte d’aller vérifier, pour un camp volant plus définitif.

D’ici-là, je vous serre d’avance l’aile gauche

Flup Dechuyteneer s.j.
le 8 août 2004


(*) Note du Gardien des Légendes : pour la petite histoire, la soeur de Jean HENRARD, premier Akéla de la Première, Geneviève, a épousé Jean QUERIAT. Leurs fils Pierre et Bernard ont été respectivement Akéla de la Seeonee et C.T. de la Jacques Magnée. Les fils de Bernard : Etienne, Jean, et Marc, ont eux aussi "scouté" activement à la Première...


Retour au sommaire

 

APPENDICE

Liste des Chefs d'Unité de la Première, des origines à nos jours
(avant 1931, l'Unité se résumant à la Troupe, il n' y a pas de Chef d'Unité à la Première).

Pierre VAN GEERSDAELE (Pie électrique) de 1931 à 1937
Robert BORN (Renne nomade) de 1937 à 1955
Jules LEONARD (Bison sans bosse) de 1955 à 1966
Jean DEWEZ (Lion des Clairières) de 1966 à 1973
Charles DAILLY (Loutre) de 1973 à 1977
Alain PELGRIMS (Geai) de 1977 à 1983
Benoît MASSAUX, Phil' LORENT, et Yves LAMBOT de 1983 à 1987
Vincent GRENIER de 1987 à 1990
Etienne COOLS en 1990/91
Daniel SAELENS de 1991 à 1993
Eric MERVEILLE (Faucon) de 1993 à 1995
Benoît DEPUIS (Lemming) de 1995 à 1997
John BROCAL de 1997 à 1999
Olivier DANDOIS (Airdale) de 1999 à 2004
François SOREL (Chamois) de 2004 à ?


Retour au sommaire


Accueil    Espace ACTU'     La Prem' Hier    Ailleurs    Roly    Chansons    Totemoscope    Trombinoscope    Livre d'Or    Cont@ct